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Carte postale de mon voyage à vélo : rentrer en Autriche le long des routes EuroVelo

mercredi 22 décembre 2021
En Octobre dernier, à la fin de son stage au sein de notre équipe, notre ancienne collègue Antonia Tornow, inspirée par sa contribution au développement du plus grand réseau de voies cyclables au monde, décidait de rentrer chez elle, en Autriche, en empruntant les routes EuroVelo ! Elle nous raconte son aventure...

Si quelqu'un m'avait dit il y a un an que je me lancerai dans une aventure d'un mois à vélo, surtout en automne, je ne l'aurais pas cru ! À l'époque, je voyais le vélo davantage comme un simple moyen de transport que comme un loisir.

Reaching Austria
Reaching Austria CC Antonia Tornow

Ma passion pour le cyclotourisme a débuté lorsque j'ai rejoint l'équipe EuroVelo à la Fédération Européenne des Cyclistes en tant que stagiaire. Après avoir écrit et lu de nombreux articles sur les circuits de l'EuroVelo à travers l'Europe dans le cadre de mon travail, je me suis prise de passion pour cette forme de voyage. Au fil des mois passés à chez EuroVelo, je me suis rendue compte que le cyclotourisme est l'avenir et la solution à tant de crises actuelles auxquelles notre monde est confronté. De plus, j'ai été inspirée par toutes les personnes voyager à vélo alors qu'elles étaient totalement novices et j'ai réalisé les possibilités qu'offrait cette façon de voyager pour découvrir les plus beaux endroits d'Europe.

À l'époque, je vivais en Belgique, le pays idéal pour commencer à voyager à vélo. Non seulement parce que la Belgique possède de nombreuses pistes cyclables longues distances bien aménagées et plates, mais aussi parce ce que ce pays se situe entre des géants du cyclotourisme bien connus : les Pays-Bas, la France et l'Allemagne.

Après quelques excursions d'une journée dans les alentours de Gand, j'ai entamé mon premier voyage de plusieurs jours avec une amie autrichienne tout aussi (in)expérimentée que moi en la matière. Pendant un long week-end, nous nous sommes aventurées en Wallonie, où nous avons suivi la EuroVelo 19 - Meuse Cycle Route et les routes régionales RAVeL. C'était aussi la première fois que les distances à vélo prenaient un sens. Notre objectif était de faire plus de 70 km à vélo, cela nous semblait impossible sur le moment, mais c'était nécessaire pour avancer. Lorsque nous sommes arrivées à Huy le soir, nous étions épuisées, mais nous nous sommes rendu compte que de telles distances étaient faisables. Nous étions fières de notre longue journée. Après ce voyage, je savais que j'avais envie découvrir d'autres pays à vélo !

Ensuite, j'ai fait une balade à vélo ensoleillée le long de la côte sur la EuroVelo 12 - North Sea Cycle Route aux Pays-Bas, puis un voyage à vélo en France sur la EuroVelo 4 - Central Europe Route, ce qui m'a habituée à faire du vélo dans des conditions plus extrêmes, par temps de pluie ou dans des endroits plus vallonnés.

J'étais au fait que la EuroVelo 15 - Rhine Cycle Route était l'un des itinéraires cyclables les mieux aménagés et adaptés aux débutants sur le continent. J'ai donc commencé à élaborer un plan pour rentrer en Autriche à vélo le long de l'EuroVelo 15 à la fin de mon stage. Bien sûr, j'hésitais encore à ma lancer, d'autant plus que le voyage devait avoir lieu entre la mi-octobre et la mi-novembre - une période qui ne présageait pas des conditions météorologiques idéales et qui augmentait la probabilité de ne trouver sur ma route que des campings et des services fermés. Lorsque j'ai fait part de mes inquiétudes dans le EuroVelo Facebook Group, j'ai réalisé que je n'étais pas seule à me poser ces questions. Toutefois, la perspective des paysages automnaux et des pistes cyclables peu fréquentées m'a convaincue de relever le défi. Ce sera une aventure, m'a dit mon amie, et je n'ai jamais eu peur de l'aventure.

Heidelberg
Heidelberg CC Antonia Tornow

Avant de partir, notre colocataire nous a demandées en plaisantant de lui envoyer une carte postale tous les trois jours. Nous avons envoyé notre première carte de Cologne en Allemagne, notre première halte. Au recto de la carte, il y avait une dame âgée, souriante sur un vélo électrique ! Pas tout à fait l'image du cyclotouriste que nous représentions. Avec notre sac de couchage, notre tente, notre réchaud et notre ukulélé, nous avons remonté les rives du puissant Rhin. Pour rigoler, j'ai appelé mon vélo "mon vieux chameau", j'étais agréablement surprise du poids qu'il pouvait porter sur son dos. Les paysages le long du Rhin étaient magnifiques et les pistes cyclables larges et faciles. Lorsque nous avons atteint le Haut-Rhin, nous avons compris que nous voyagions exactement pendant la période des vendanges. À Rüdesheim am Rhein, nous avons donc été accueillies avec un jus de raisin fraîchement pressé, le "Federweisser", offert par la maison.

Nous avons envoyé notre deuxième carte postale depuis notre premier hébergement "Warmshower", une famille vivant entre Mannheim et Heidelberg. Après une longue journée de vélo, nous sommes arrivées tard dans la soirée, juste à temps pour le dîner. Nos hôtes nous ont accueilli avec beaucoup d'amour et nous ont même donné la clé de leur cabane de jardin dans les vignobles près de Heidelberg pour une deuxième nuit. Nous avons poursuivi notre voyage et sommes arrivées en France dans la ville de Strasbourg, connue pour sa beauté, son histoire et pour être la ville la plus adaptée aux vélos du pays. Là, nous avons quitté le Rhin et suivi EuroVelo 5 - Via Romea (Francigena) à travers les collines viticoles d'Alsace, probablement l'une des parties les plus éprouvantes de notre itinéraire, mais aussi l'une des plus époustouflantes. Les vignes avaient déjà pris toutes leurs couleurs et l'air était pur. Nous devions cependant faire attention, car le soleil se couchait plus tôt, et nous perdions souvent la notion du temps et nous retrouvions à pédaler dans l'obscurité totale.

Nous avons passé notre première et unique nuit sous une tente dans l'arrière-cour d'un viticulteur. Malgré les sacs de couchage d'hiver, la nuit s'est avérée assez froide, et nous n'avons pas renouvelé l'expérience. C'est également à cette époque que nous avons commencé à cuisiner davantage pendant la journée ou le soir après notre arrivée. Au début de notre voyage, nous nous laissions séduire par la bonne nourriture que nous trouvions dans les boutiques. Désormais, nous devions surveiller de plus près notre budget. Notre plat préféré sur le réchaud de camping était la soupe instantanée : petite pour être transportée, source de beaucoup de liquide, elle vous réchauffe très bien. Souvent, nous achetions aussi des provisions directement dans les fermes qui se trouvaient sur notre route.

Alsace, EuroVelo 5
Alsace, EuroVelo 5 CC Antonia Tornow

Nous avons fait une halte dans la capitale du pain d'épice, Gertwiller, d'où nous avons envoyé notre troisième carte postale. À Colmar, nous avons décidé de rentrer en Allemagne et avons fait un détour par Freiburg, où nous avons dormi dans deux appartements d'étudiants que nous avions trouvés par l'intermédiaire de Warmshowers, puis nous avons enfin atterri à Bâle en Suisse quelques jours plus tard. Jusqu'à présent, nous avions eu beaucoup de chance avec la météo - nous n'avions pas utilisé une seule fois nos vêtements de pluie et nous avions même dû mettre de la crème solaire.

Nous avons suivi le Rhin vers l'est le long de la frontière suisse-allemande, en nous arrêtant chez notre hôte le plus âgé et le plus expérimenté des "Warmshowers", un fier septuagénaire, passant devant les puissantes chutes du Rhin. Nous avons souvent été accueillis avec étonnement par les gens que nous croisions, car ils ne s'attendaient pas à voir des cyclistes à cette époque de l'année. A mesure que nous avancions, les cyclotouristes sur notre route se faisaient de plus en plus rares, jusqu'à ce que nous nous retrouvions seules. Cela ne nous dérangeait pas, car le voyage nous apportait une grande sérénité. Même si la préparation quotidienne pouvait s'avérer stressante, j'étais heureuse chaque jour de pouvoir remonter sur mon vélo.

Rhinefalls along EuroVelo 15
Rhinefalls along EuroVelo 15 CC Antonia Tornow

Arrivées au Lac de Constance, nous avons quitté la piste cyclable du Rhin et décidé de poursuivre notre voyage en train. Nous voulions éviter les collines à venir et nous sentions que les jours raccourcissaient et se refroidissaient. C'était comme si nous étions dans une course avec l'hiver. Qui arrivera le premier ? Bien que je craignais que le transport des vélos dans les trains soit l'un de nos plus grands obstacles, cette partie s'est avérée gérable dans les trains régionaux. Nous ne voulions pas rater le dernier tronçon du passage de la frontière autrichienne, alors nous sommes descendues du train et avons profité d'une dernière balade dans le paysage bavarois. Nous avons envoyé notre dernière carte postale depuis Salzbourg en Autriche. En plus d'en envoyer une à notre ami en Belgique, nous en avons également envoyé une à chacun de nos hôtes "Warmshowers" qui ont fait de ce voyage une expérience inoubliable.

Auteur : Antonia Tornow