Un voyage d’été sur les fleuves
Le plan
Planifier l’itinéraire fait partie du plaisir ! En regardant la carte EuroVelo, il m’a semblé évident que je suivrais l’EuroVelo 6, puisque mon point de départ est proche de Briare et que j’avais décidé de partir vers l’est.
Vers l’est, oui, mais jusqu’où ?
Bratislava me paraissait être une destination ambitieuse mais raisonnable. Ce serait mon objectif oriental. C’est un carrefour EuroVelo : je bifurquerai sur EuroVelo 13 pour entamer le trajet retour et rejoindrai EuroVelo 4 à Cheb, traversant ainsi l’Allemagne le long du Main. Ensuite, EuroVelo 15 me permettra de suivre le Rhin depuis Mayence. Enfin, je referai le chemin inverse le long de l’EuroVelo 6 à partir de Mulhouse.
En résumé, 4 400 km entre la France, la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche, la Slovaquie et la Tchéquie :
- 1 835 km de Briare à Bratislava sur l’EuroVelo 6 – Atlantique–Mer Noire
- 905 km de Bratislava à Cheb sur l’EuroVelo 13 – Iron Curtain Trail
- 617 km de Cheb à Mayence sur l’EuroVelo 4 – Véloroute de l'Europe Centrale
- 412 km de Mayence à Mulhouse sur l’EuroVelo 15 – Route cyclable du Rhin
- 645 km de Mulhouse à Briare sur l’EuroVelo 6
La Loire
Le chemin est très bien balisé et agréable le long du canal latéral de la Loire, c’est une entrée en matière plutôt tranquille, en dehors des chats qui viennent éventuellement vous demander de la brioche! C’est aussi sur ce segment que j’ai pu croiser le plus de cyclotouristes : un petit signe de la main en se croisant donne un sentiment d’appartenance à cette communauté si particulière.
Impressionnante traversée des ponts-canaux de Briare, Cuffy et Digoin. Les nombreuses péniches à quai et bateaux de tourisme en circulation invitent au dépaysement et au slow travel : prendre son temps en appréciant chaque décor sur lequel se pose le regard.
Le canal du Centre, le Doubs et le canal du Rhône au Rhin
Pédaler dès le petit matin offre des vues mémorables des rivières dans la brume et du lever de soleil sur le canal. J’ai beaucoup apprécié les aménagements cyclo le long du canal du Centre : points de réparation, aires de pause et toujours un circuit bien indiqué.
En arrivant dans la région de Chalon-sur-Saône, le relief se fait sentir dans les mollets : la Loire est maintenant loin ! Les villages de caractères tels que Verdun-Ciel font cependant apprécier chaque étape parcourue (c’est aussi l’occasion de goûter aux pâtisseries locales).
Le Doubs vous accueille avec ses falaises géologiquement très marquées: nous sommes dans le Jura. Fait surprenant, l’EuroVelo 6 vous fait passer dans le tunnel sous la citadelle de Besançon.
Cette première étape en France, qui m’a mené de Briare à Mulhouse, m’a permis de découvrir une France que je ne connaissais pas. Il y a une évidente satisfaction à l’idée d’être arrivé jusqu’ici avec deux roues, des pédales et une tente.
Toutefois, en passant la nuit à Mulhouse et en imaginant la suite, des doutes et une certaine peur s’installent. Je me sens comme au point de bascule d’une montagne russe : à partir de demain, je pédalerai seul à travers plusieurs pays que je ne connais pas (par ailleurs, mon allemand est très mauvais).
Le Danube
Depuis Mulhouse puis Bâle, l’EuroVelo 6 traverse une partie du Bade-Wurtemberg pour rejoindre le Danube à Tuttlingen. Cette partie, parfois commune avec la Suisse, passe notamment par les impressionnantes chutes du Rhin, à Neuhausen am Rheinfall.
Jour après jour, le Danube devient un véritable compagnon de voyage. C’est une boussole, un point de repère à présent connu parmi ces contrées et villes inconnues.
En dehors de Passau et Vienne, je n’ai malheureusement pas pris le temps de visiter comme il se doit les villes du fleuve : Ulm, Ingolstadt, Regensburg ou encore Linz. Pour un prochain voyage, qui sait ?
Petit moment étrange à Zwentendorf, j’avais prévu de m’arrêter dans un camping au calme et je suis tombé… en plein festival électro (Shutdown Festival), qui avait lieu ce jour-là.
Au dépaysement qu’offre la campagne le long du Danube et ces villes magnifiques, il est à noter que l’EuroVelo 6 prévoit plusieurs traversées du fleuve à ferry, ce qui est toujours une expérience exotique pour qui n’a pas l’habitude du bateau.
Bratislava et les collines tchèques, sur le rideau de fer
Située non loin de Vienne, la capitale de la Slovaquie présente une architecture tout aussi majestueuse. Ici encore mon arrêt a été bien trop court : c’est une ville que j’aurai plaisir à redécouvrir.
En quittant Bratislava, une mélancolie me frappe soudain : je quitte le Danube, qui m’a accompagné pendant tant de kilomètres et au bord duquel j’ai dormi de nombreuses nuits, parfois au son des bateaux de croisière, où des touristes font amicalement des signes de la main. Exit l’EuroVelo 6 également, dont les panneaux m’ont guidé jusqu’à mon objectif rêvé, et qui est, d’après les commentaires que j’ai pu lire ça et là, une des EV les mieux indiquées. Qu’en sera-t-il de la suite ?
La frontière tchèque a été l’étape la plus belle du voyage, mais également la plus difficile. La région du Sumava notamment, commune avec le Nationalpark Bayerischer Wald côté allemand - car sur la frontière - est bien connue des skieurs en hiver et des adeptes de la descente à VTT l’été. Je n’étais pas vraiment équipé ni préparé pour les fortes montées dans les gravillons que j’ai régulièrement finies à pied. Ceci étant, je ne regrette pas une seconde les paysages et expériences de cette section de l’EuroVelo 13 : Znojmo et ses dénivelés incroyables, les champs jonchés d’anciens bunkers du no man’s land, les campings rustiques à l’ambiance zen, les maisons aux couleurs vives, le lac Černé Jezero, les marais et chemins de forêt à flanc de colline du Sumava.
Le Main
C’est avec une certaine amertume que je dis au revoir à la forêt de la frontière Tchéquie-Allemagne, qui m’a offert de si beaux points de vue. Je sais que je quitte cette nature qui m’est familière pour retrouver un environnement plus urbain, certes plus adapté à mon vélo.
Pas de regret à avoir : l’EuroVelo 4 mène rapidement au Main via Bayreuth et sa splendide architecture dans un premier temps, puis Lichtenfels et son magnifique lac. Par la suite, l’EuroVelo 4 longe parfois des axes routiers ou des chemins de fer, ce qui n’est pas toujours passionnant mais toujours bien aménagé. En revanche, vous croiserez régulièrement des petites villes sublimes, cachées par les abords en falaise du fleuve, comme la ville de Miltenberg dite la « Perle du Main » ou Aschaffenburg et ses monuments.
Enfin, l’étape la plus citadine du voyage a sans doute été la traversée de Frankfurt : la zone péri-urbaine s’étend sur des dizaines de kilomètres.
Le Rhin
À Mainz - dont l’agglomération juxtapose celle de Frankfurt - il est temps de retrouver le Rhin, croisé il y a un près d’un mois déjà. Je suis donc sur l’EuroVelo 15, direction Mulhouse.
L’EuroVelo 15 est très bien maintenue, c’est un vrai plaisir d’y rouler et les nombreux cyclotouristes que j’y croisent semblent le confirmer. Petit bémol à cette idylle, la traversée de Mannheim qui est une ville extrêmement industrialisée (berceau de la production de plastique en Europe). Toutefois, ce passage a été une découverte et reste un point de visite intéressant.
Dernier ferry du parcours au niveau du Kollersee pour passer du côté ouest du Rhin et atteindre Speyer, où j’ai pu visiter un gigantesque musée de la technique (automobile et aérospatiale).
Retour en France par Munchhausen et d’autres villages décorés et soignés. Je comprends maintenant pourquoi l’Alsace concentre autant d’endroits labellisés plus beaux villages de France.
En arrivant à Mulhouse, une phrase est affichée sur le canal: « La roue tourne, refonde-toi ». Bien qu’athée et cartésien, difficile de ne pas y voir un signe - du moins une coïncidence qui m’a bien fait rire. Ma roue tourne, et la boucle est bouclée.
Pensées de fin de voyage
Revenu sur EuroVelo 6, l’esprit du voyage n’est plus tout à fait le même sur ce chemin du retour que j’ai déjà parcouru. La découverte en moins, cela me donne le temps de penser à ce que je viens de vivre.
C’était mon premier voyage à vélo et j’en ai apprécié chaque étape. J’ai eu la chance de ne pas avoir eu de mauvaise surprise ni d’accident notable. Les quelques moments difficiles (dénivelé, météo ou manque de provisions) m’ont permis de relativiser sur les problèmes du quotidien.
Pour la dernière nuit du voyage, jour 48, j’ai dormi dans le même camping où j’avais fait mon premier arrêt, jour 1. Dans le tourbillon de sentiments que cela a soulevé, une certitude : je repartirai dès que je le pourrai.
À propos de l’auteur
Relativement peu équipé et préparé, Joseph Lark est parti pour un premier tour de deux mois en Europe centrale. Depuis, il planifie ses itinéraires pour les prochaines saisons avec Koko, son vélo Koga, et s'initie à la cuisine pour le voyage. Vous pouvez le croiser sur les routes Eurovélo!